Top 10 des sites d'observation d'oiseaux en Islande
L'Islande est une destination ornithologique unique. Isolée au milieu de l'Atlantique Nord, elle héberge des densités extraordinaires d'oiseaux marins nicheurs — macareux, guillemots, fulmars, fous de Bassan — et des anatidés d'eau douce arctiques en concentrations inégalées en Europe. Environ 350 espèces ont été enregistrées dans le pays, dont 75 à 80 nicheurs réguliers. Ces dix sites couvrent les incontournables. Retrouvez-les sur la carte.
1. Falaises de Látrabjarg, Fjords de l'Ouest
Látrabjarg est la falaise marine la plus longue d'Europe (14 kilomètres), atteignant 440 mètres de hauteur. Elle héberge la plus grande colonie de macareux moine (Fratercula arctica) du monde occidental — environ 1 million d'oiseaux nidifient dans des terriers creusés dans la tourbe du sommet. Les guillemots de Troïl (Uria aalge), les guillemots de Brünnich (Uria lomvia), les petit pingouins (Alca torda) et les fulmars boréaux (Fulmarus glacialis) se partagent les corniches. La saison de nidification s'étend de mai à août.
2. Lac Mývatn, Nord de l'Islande
Le lac Mývatn, alimenté par les sources géothermiques du volcan Krafla, est le site de nidification d'anatidés d'eau douce le plus riche d'Europe. Quinze espèces de canards nichent régulièrement, dont le harelde kakawi (Clangula hyemalis), le garrot de Barrow (Bucephala islandica — endémique de l'Atlantique), le canard siffleur (Mareca penelope) et le garrot à oeil d'or (Bucephala clangula). La spatule blanche (Platalea leucorodia) est un visiteur rare mais régulier.
3. Îles Westman (Vestmannaeyjar)
L'île principale de Heimaey dans l'archipel des Westman héberge la plus grande colonie de macareux d'Islande — environ 4 millions d'oiseaux. Les fous de Bassan (Morus bassanus) nichent en colonies denses sur les îlots. L'île est accessible en ferry depuis Landeyjahöfn. La nuit, les juvéniles de macareux désorientés par les lumières artificielles de la ville doivent être capturés et relâchés en mer par les habitants.
4. Péninsule de Snæfellsnes
La péninsule de Snæfellsnes, dominée par le glacier Snæfellsjökull, est un site de nidification de fulmars, de craves à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax) et de harles bièvres (Mergus merganser). Les plages de sable noir hébergent des bécasseaux sanderlings (Calidris alba) en migration. Les estuaires côtiers sont des sites d'alimentation importants pour les gravelots, limicoles et courlis.
5. Péninsule de Reykjanes
Les falaises de Reykjanes, proches de Reykjavík, hébergent d'importantes colonies de guillemots et de fulmars. La géothermie intense de la zone crée des conditions de survie atypiques pour la flore et la faune côtières. Les dépôts sulfureux colorent les falaises en jaune et blanc — un arrière-plan spectaculaire pour la photographie ornithologique.
6. Hornstrandir, Fjords de l'Ouest
La réserve naturelle de Hornstrandir, accessible uniquement par bateau, est l'une des zones les plus sauvages d'Europe occidentale. Le renard arctique (Vulpes lagopus) est visible dans ses terriers en été. Les falaises marines hébergent des colonies de guillemots et de kittiwakes. L'absence de prédateurs introduits préserve une densité d'oiseaux de falaises exceptionnelle.
7. Parc National de Þingvellir
Le parc national de Þingvellir, site Patrimoine mondial, est moins connu pour ses oiseaux que pour sa géologie spectaculaire. Il héberge néanmoins le harelde kakawi, le canard chipeau (Mareca strepera) et le grand cormoran (Phalacrocorax carbo) sur le lac Þingvallavatn.
8. Estuaires du Westfjords
Les nombreux fjords et estuaires des Fjords de l'Ouest concentrent des espèces d'eider à duvet (Somateria mollissima) en densité extraordinaire. Les femelles couvent dans les colonies denses sur les îlots herbeux ; les mâles en plumage nuptial noir et blanc constituent un spectacle photographique incomparable en mai–juin.
9. Parc National du Vatnajökull
La périphérie du plus grand glacier d'Europe, le Vatnajökull, offre des zones humides de toundra et de lacs glaciaires hébergeant des pluviers dorés (Pluvialis apricaria), des barges rousses (Limosa lapponica) et des phalaropes à bec étroit (Phalaropus lobatus). Le harfang des neiges (Bubo scandiacus, VU) est présent dans les zones de toundra en été.
10. Dyrhólaey
La presqu'île de Dyrhólaey, au sud de l'Islande, est une site de nidification classique de macareux avec une accessibilité touristique bien gérée. La réserve naturelle protège les zones de nidification. Les aigles de mer (Haliaeetus albicilla) — espèce réintroduite avec succès en Islande — sont régulièrement observés dans la région.
Le macareux moine : icône islandaise
Le macareux moine (Fratercula arctica) est l'oiseau le plus emblématique de l'Islande, représenté sur d'innombrables produits touristiques. Mais au-delà de l'image folklorique, l'espèce affronte des défis de conservation réels. Les populations de macareux d'Islande et d'Écosse ont décliné significativement depuis les années 1990 — jusqu'à 70 % dans certaines colonies des Hebrides.
La cause principale est l'effondrement des populations de lançons (Ammodytes spp.), le poisson-fourrage qui constitue la base de l'alimentation des macareux durant la saison de nidification. Ce déclin des lançons est lui-même lié au réchauffement des eaux de l'Atlantique Nord, qui déplace les populations de zooplancton dont les lançons dépendent.
En Islande, certaines colonies restent importantes (Látrabjarg, Westman Islands) mais le monitoring systématique révèle des tendances déclinantes dans de nombreux sites. L'espèce a été reclassée de LC à VU en 2015 en Europe.
L'Islande comme destination de tourisme de nature
L'Islande a connu une explosion du tourisme au cours des dix dernières années, avec des conséquences ambiguës pour la conservation ornithologique. D'un côté, la demande croissante pour les observations de macareux, de baleines et d'aurores boréales a créé une économie locale du tourisme de nature qui bénéficie économiquement à la conservation. De l'autre, la fréquentation intensive de certains sites de nidification (comme Dyrhólaey et Látrabjarg) peut perturber la reproduction si elle n'est pas gérée.
L'Agence de l'Environnement Islandaise (Umhverfisstofnun) gère les accès aux principales colonies avec des sentiers balisés, des barrières de sécurité et des panneaux d'interprétation. Les guides de nature agréés — condition d'accès à certains secteurs sensibles — jouent un rôle clé dans la médiation entre les visiteurs et les espèces.
L'eider à duvet : exploitation traditionnelle et conservation
La tradition islandaise de collecte du duvet d'eider (Somateria mollissima) est un exemple rare d'exploitation durable d'une espèce sauvage. Les éleveurs d'eider islandais — qui existent depuis le Moyen Âge — protègent les colonies de prédateurs, posent des abris pour inciter les femelles à nicher, et collectent le duvet abandonné dans les nids après l'envol des poussins.
Cette symbiose humaine-eider crée une incitation économique directe à la protection des colonies. L'eider islandais est l'une des rares espèces sauvages dont l'exploitation traditionnelle est considérée comme une pratique de conservation. Le duvet d'eider islandais, produit de luxe vendu à plusieurs milliers d'euros le kilo, est exporté vers les fabricants de couettes et de vêtements haut de gamme dans le monde entier.
À explorer sur la carte
Notre carte recense plusieurs sites islandais, notamment dans la région des Fjords de l'Ouest. Utilisez les filtres pour planifier votre voyage aux meilleures périodes de nidification (mai–juillet).