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La sixième extinction de masse et les oiseaux

Depuis 1500, au moins 187 espèces d'oiseaux ont disparu — un rythme d'extinction estimé à 100 à 1000 fois le taux de fond naturel. Les chercheurs désignent cette accélération comme la sixième extinction de masse, la première causée non par un événement géologique catastrophique mais par une seule espèce : l'Homo sapiens. Les oiseaux, parmi les animaux les mieux documentés, offrent le regard le plus précis dont nous disposons sur ce processus.

Le bilan des extinctions récentes

Les îles du Pacifique ont payé le tribut le plus lourd. L'arrivée des Polynésiens dans le Pacifique, entre 1000 et 1500 après J.-C., a causé l'extinction de centaines d'espèces d'oiseaux insulaires — essentiellement des rails incapables de voler, des pigeons et des perroquets — dont les ossements sont découverts dans les fouilles archéologiques et les dépôts fossilifères côtiers. Ces extinctions préhistoriques, difficiles à quantifier précisément, représentent probablement plusieurs centaines d'espèces perdues avant même le début de la documentation scientifique.

Parmi les extinctions historiques les mieux documentées : le dronte de Rodrigues (Raphus solitarius, EX 1750), le grand pingouin (Pinguinus impennis, EX 1844), la perruche de la Caroline (Conuropsis carolinensis, EX 1918), le pigeon migrateur d'Amérique (Ectopistes migratorius, EX 1914) — qui comptait quelques décennies plus tôt parmi les espèces les plus abondantes de la planète avec des milliards d'individus.

Le rythme actuel

L'UICN classe actuellement 187 espèces d'oiseaux comme Éteintes (EX) et 5 comme Éteintes à l'état sauvage (EW). Mais ce chiffre sous-estime probablement les extinctions récentes dans les forêts tropicales peu explorées. Des études récentes suggèrent que deux à quatre espèces d'oiseaux disparaissent chaque décennie, au minimum.

L'étude de Rosenberg et al. (2019, publiée dans Science) a documenté la perte de 2,9 milliards d'oiseaux nicheurs en Amérique du Nord depuis 1970 — une réduction de 29 % des effectifs totaux en 50 ans. Ces espèces ne sont pas éteintes (encore), mais leurs populations sont à des niveaux d'effondrement préoccupants.

Espèces récemment disparues ou au bord de l'extinction

Po'ouli ou honeycreeper à face noire (Melamprosops phaeosoma, EX 2004) : endémique de Maui, Hawaii. Le dernier individu connu mourut en captivité en 2004. Sa disparition résulte de la combinaison de la déplétion des escargots dont il se nourrissait (eux-mêmes décimés par des espèces introduites), de la déforestation et des maladies aviaires transmises par les moustiques introduits.

Crypte de Pinta (tortue géante de Pinta, EX 2012) — non un oiseau, mais emblématique de la dynamique insulaire qui affecte aussi les oiseaux.

Pluvier de Saint-Hélène (Charadrius sanctaehelenae, CR) : endémique de l'île de Sainte-Hélène dans l'Atlantique Sud, avec moins de 200 individus matures.

Toucan de Sclater (Selenidera sclateri, données insuffisantes dans certaines populations) : fragmentation forestière en Amazonie.

Pourquoi les oiseaux sont des indicateurs

Les oiseaux sont disproportionnellement utiles comme indicateurs de l'état des écosystèmes pour plusieurs raisons. Ils sont bien étudiés — nous connaissons environ 10 500 espèces vivantes, soit pratiquement toutes. Ils répondent rapidement aux changements environnementaux. Ils occupent presque tous les niveaux trophiques. Et l'ornithologie participative permet un suivi à grande échelle impossible pour la plupart des autres groupes taxonomiques.

Quand les populations d'oiseaux de prairies s'effondrent, c'est le symptôme d'un effondrement plus général de la biodiversité arthropodologique qui les nourrit. Quand les oiseaux frugivores tropicaux disparaissent, la régénération des forêts — dont ils assurent la dispersion des graines — est compromise.

Ce qui peut encore être sauvé

Les histoires de succès existent. Le vautour gyps de l'Inde a connu un déclin catastrophique de 99 % lié au diclofenac vétérinaire. Le retrait du médicament et son remplacement par le méloxicam a arrêté le déclin et initié une lente récupération. Le milan royal (Milvus milvus) en Grande-Bretagne, au bord de l'extinction locale dans les années 1980, compte aujourd'hui plusieurs milliers de couples grâce aux réintroductions. Le condor de Californie, déjà traité dans ce site, illustre ce qu'une intervention intensive peut accomplir.

Ces succès montrent que la sixième extinction n'est pas inéluctable — mais que sa prévention exige une volonté politique, des moyens financiers et une action scientifique coordonnée.

Les drivers de l'extinction aviaire

L'analyse des extinctions documentées depuis 1500 révèle des causes prédominantes. Les espèces insulaires représentent environ 90 % des extinctions historiques d'oiseaux, principalement causées par l'introduction de prédateurs (rats, chats, mustélidés) et par la déforestation pour l'agriculture. Le piège insulaire est redoutable : les espèces qui ont évolué en l'absence de prédateurs terrestres n'ont développé ni comportements défensifs ni instincts de fuite, les rendant extraordinairement vulnérables.

Sur les continents, la perte d'habitat reste le facteur dominant. La déforestation tropicale — Amazonie, Bornéo, Congo, Nouvelle-Guinée — affecte des centaines d'espèces simultanément. Les espèces de la forêt primaire qui ne peuvent pas utiliser les forêts secondaires ou les mosaïques agriculture-forêt sont les plus vulnérables.

Le changement climatique commence à émerger comme facteur majeur. Pour les espèces arctiques ou alpines, le rétrécissement des habitats froids est mécanique et difficile à compenser. Pour les migrateurs long-courriers, le décalage phénologique entre la date d'arrivée sur les sites de nidification (déterminée par les conditions hivernales) et la disponibilité des insectes (déterminée par les températures printanières locales) crée un "mismatch" de plus en plus documenté.

L'effondrement des insectivores

L'une des tendances les plus préoccupantes concerne les oiseaux insectivores, tant en Europe que dans les pays tropicaux. La disparition de 70 % des insectes en Europe de l'Ouest depuis les années 1970 — documentée par les études de long terme en Allemagne et dans d'autres pays — réduit la disponibilité alimentaire pour les espèces qui en dépendent.

Les martinets noirs (Apus apus), qui capturent leurs insectes exclusivement en vol, ont décliné de 30 % au Royaume-Uni depuis 1994. Les hirondelles de cheminée (Hirundo rustica), les fauvettes migratrices et les flycatchers montrent des tendances similaires dans de nombreux pays.

La cause est probablement multifactorielle : usage des pesticides dans l'agriculture (notamment les néonicotinoïdes), intensification du labour, éclairage nocturne perturbant les insectes nocturnes, et perte des haies et des lisières qui abritent les populations d'insectes.

Des solutions à différentes échelles

La conservation des oiseaux à l'échelle de la sixième extinction exige des réponses à plusieurs niveaux. À l'échelle des sites : maintien et restauration des habitats critiques. À l'échelle des politiques agricoles : réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) en Europe pour conditionner les subventions à des pratiques favorables à la biodiversité. À l'échelle internationale : accords contraignants sur la réduction des pesticides et la protection des voies migratoires.

La Conférence sur la Biodiversité (COP15, Kunming-Montréal 2022) a adopté l'objectif "30x30" : protéger 30 % des terres et des mers d'ici 2030. Si cet objectif est respecté avec une sélection judicieuse des zones protégées (en priorité les forêts primaires et les zones humides), il pourrait réduire substantiellement le rythme d'extinction aviaire.

À explorer sur la carte

Notre carte recense des réserves et parcs nationaux où des espèces menacées sont activement protégées. Ces sites représentent les derniers bastions de nombreuses espèces.

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