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Observer les chouettes et hiboux de nuit

L'observation nocturne des rapaces nocturnes — regroupés sous le terme familier d'« owling » en anglais — est l'une des formes les plus intenses et les plus mémorables de l'ornithologie. Une chouette effraie traversant un pré sous la lune, ou la réponse grave d'un grand-duc d'Europe depuis un ravin boisé, procure une expérience sans équivalent diurne. Cette pratique demande cependant des techniques spécifiques et une réflexion éthique soigneuse.

Timing et conditions

La plupart des rapaces nocturnes sont les plus actifs dans les deux à trois heures suivant le coucher du soleil et dans la dernière heure avant l'aube. Les nuits sans vent sont préférables : par vent fort, les chouettes vocalisent peu et l'écoute est impossible. La lune pleine facilite les observations mais peut réduire l'activité vocale de certaines espèces. Les nuits sans lune, par temps calme, sont souvent les plus productives pour l'écoute.

En Europe, février et mars sont les meilleurs mois : les grands-ducs d'Europe sont en pleine période de duettisme territorial, les hiboux des marais (Asio flammeus) arrivent sur les sites de nidification, et les chouettes hulottes (Strix aluco) intensifient leurs chants de délimitation de territoire.

Appel-réponse avec le grand-duc d'Amérique et la chouette rayée

En Amérique du Nord, le grand-duc d'Amérique (Bubo virginianus) répond fréquemment à une imitation vocale de sa série de hululements graves. La chouette rayée (Strix varia), avec son hululement caractéristique « qui cuisine pour vous, qui cuisine pour vous tous ? », répond bien à l'imitation humaine dans les forêts mixtes de l'est du continent. Ces espèces sont suffisamment communes et adaptables pour que les techniques d'appel-réponse puissent être utilisées avec modération sans risque documenté pour les populations.

En Europe, la chouette hulotte répond à l'imitation du « houuu » terminal, mais une réponse d'un individu déjà présent est suffisante ; pas besoin de provoquer plusieurs individus successivement.

Lumière rouge versus lumière blanche

La vision des rapaces nocturnes est très sensible à la lumière intense, en particulier aux longueurs d'onde bleues et blanches. Une lampe frontale à lumière rouge (filtre rouge sur une lampe ordinaire ou LED rouge intégrée) permet aux observateurs de se déplacer et de consulter leurs notes sans éblouir les oiseaux ni adapter excessivement leurs propres yeux à la lumière. La lumière rouge doit néanmoins rester discrète : ne l'utilisez pas pour illuminer directement un oiseau posé.

Si vous avez besoin d'une lumière blanche pour une urgence, utilisez-la brièvement et dirigez-la vers le sol. Ne photographiez jamais un rapace nocturne avec un flash direct.

Pishing sur les petites chouettes

Le « pishing » — production de sons sifflants ou cliquetants avec la bouche — attire parfois les petites chouettes et plusieurs passereaux nocturnes migrateurs. La chevêche d'Athéna (Athene noctua) réagit à des séries de sifflements doux. En Amérique du Nord, la petite nyctale (Aegolius acadicus) et la chevêchette d'Amérique (Glaucidium gnoma) peuvent s'approcher à moins de deux mètres d'un observateur patient utilisant uniquement sa voix.

Le pishing est moins intrusif que la repasse électronique, mais s'applique les mêmes limites : pas de répétition prolongée, arrêt si l'oiseau montre des signes de stress.

Pelotes de réjection et identification des sites

Les rapaces nocturnes régurgitent les os, plumes et poils de leurs proies sous forme de pelotes compactes, déposées régulièrement sous les perchoirs et les dortoirs habituels. Trouver un site de dortoir diurne est souvent plus efficace et moins dérangeant qu'une sortie nocturne. Une accumulation de pelotes sous un gros saule têtard, dans la grange d'une ferme ou sous les combles d'une église indique une chouette effraie (Tyto alba). Des pelotes grises plus grosses sous un vieux hêtre en forêt signalent souvent une chouette hulotte.

L'analyse des pelotes permet d'identifier les proies consommées (campagnols, musaraignes, mulots) et de déduire la santé relative du site en termes de ressources alimentaires.

Dortoirs diurnes

Plusieurs espèces de rapaces nocturnes utilisent des dortoirs diurnes réguliers, observables de jour sans aucun dérangement nocturne. Le hibou des marais (Asio flammeus) se pose souvent à découvert dans les prairies ou les zones d'agriculture extensive en hiver ; il est observable en fin d'après-midi. Le hibou moyen-duc (Asio otus) forme des dortoirs hivernaux communautaires dans les haies de thuyas ou les bosquets de résineux denses, parfois visibles à l'œil nu depuis un chemin public.

La chouette lapone (Strix nebulosa) en hiver, lorsqu'elle irrupte vers le sud, se poste souvent dans les lisières forestières en milieu de journée et peut être approchée à faible distance.

Limites éthiques strictes

La nyctale boréale (Aegolius funereus) est citée par de nombreux clubs d'ornithologie nord-américains comme exemple d'espèce pour laquelle la repasse nocturne est expressément déconseillée. Nidifiant en cavités dans les forêts boréales soumises à une pression humaine croissante, elle répond à la repasse de façon soutenue et perturbatrice. Même constat pour la chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum) dans les forêts alpines et boréales.

Pour ces espèces, la présence sur un site nocturne sans repasse — écoute passive, appel humain très mesuré — est la seule approche acceptable.

La carte recense les réserves et hotspots connus pour les rapaces nocturnes, incluant les forêts à chouettes de Bourgogne, les marais à hiboux des marais de Camargue et les sites alpins à chevêchettes.